Auteur : T. Portier Feunteun
Service de gériatrie, CHU de Rennes, université de Rennes
Par la fréquence de certaines comorbidités – maladie cardiovasculaire, diabète, maladie neurodégénérative ou dénutrition – et par une diminution physiologique des performances du système immunitaire, les patients les plus âgés présentent à la fois des infections plus fréquentes et plus graves. Par surcroît, les modifications des fonctions organiques qui accompagnent le vieillissement modifient le comportement des molécules thérapeutiques. Après avoir connu un creux lors de la pandémie de Covid-19, la consommation d’antibiotiques a rebondi jusqu’à atteindre des niveaux record chez les plus de 75 ans, dont les dossiers médicaux semblent s’alourdir. Les situations complexes qui en résultent représentent un défi pour le clinicien : présentations cliniques atypiques des infections, diagnostic plus difficile et risque d’interaction médicamenteuse. Prescrire un antibiotique chez la personne âgée revient à naviguer entre deux écueils symétriques : le sous-traitement, qui expose à une perte de chance, et le surtraitement, responsable d’une iatrogénie accrue et de sélection de résistances. L’objectif n’est donc pas de prescrire moins, mais de prescrire plus juste. Cela nécessite d’anticiper les changements physiologiques de l’hôte, l’écologie particulière des germes et les effets modifiés des traitements médicamenteux.

