Auteur : A. Gagneux-Brunon, E. Botelho-Nevers
Vaccination contre le virus respiratoire syncytial
Vaccin contre les HPV
Vaccination contre le pneumocoque
Vaccination contre la grippe
Afin de préparer l’hiver, on attend tous les vaccins combinant la grippe et le Covid-19, associés ou non au VRS. Les données d’un essai de phase III du candidat vaccin combiné (grippe et Covid-19) à ARN messager, mRNA-1083, ont été publiées dans le JAMA en juin 2025. Le candidat vaccin était comparé, dans cet essai de non-infériorité, à l’administration d’un vaccin contre le Covid-19 à ARN messager associé à un vaccin antigrippal à dose standard chez les 50–64 ans et à haute dose chez les volontaires âgés de plus de 65 ans. La réponse immunitaire, évaluée sur le ratio de titre d’anticorps, était meilleure avec le vaccin combiné à ARN messager qu’avec le schéma vaccin contre le Covid-19 associé au vaccin contre la grippe saisonnière à dose standard ou haute dose (sauf pour la souche B/Yamagata, qui ne fait pas partie des virus à cibler par les vaccins antigrippaux depuis sa disparition). Les données de sécurité sont rassurantes [14]. Si les vaccins combinés pourraient permettre de faciliter la vaccination des patients à risque à chaque saison, reste à savoir si la technologie à ARN messager a bien convaincu la population.
Concernant la vaccination antigrippe, les Danois ont confirmé ce qu’ils avaient observé chez les plus de 65 ans dans un essai randomisé en cluster sur tout leur territoire : un « nudge électronique », ou coup de pouce sous forme de lettre mettant en avant que l’efficacité de la vaccination contre la grippe pour réduire le risque cardiovasculaire, et notamment le risque d’infarctus du myocarde, incitait les adultes à se faire vacciner, mais cette fois-ci ceux âgés de 18 à 64 ans, avec une comorbidité, et plus particulièrement ceux ayant une histoire récente d’infarctus du myocarde [15].
Vaccination contre le zona
La vaccination contre le zona est désormais recommandée chez tous les plus de 65 ans. Le vaccin vivant atténué (Zostavax®) a laissé définitivement la place au vaccin recombinant Shingrix®, ce qui permet son administration et sa recommandation aux adultes immunodéprimés dès 18 ans. La vaccination contre le zona est associée à une réduction du risque de développer une démence : cela avait d’abord été démontré dans une étude populationnelle au Pays de Galles avec le vaccin vivant atténué, où ce risque était réduit de 20 % chez les femmes vaccinées [16]. Des données américaines de cohorte ont permis d’observer une réduction de près de 17 % du risque de développer une démence chez les adultes vaccinés avec le vaccin recombinant Shingrix®, en comparaison avec ceux vaccinés avec le Zostavax®. Dans cette publication, des cohortes vaccinées avec le vaccin vivant atténué ou le vaccin recombinant ont été comparées à des cohortes non vaccinées, et une efficacité supérieure du vaccin recombinant pour la prévention de la démence a été observée. Avec le vaccin recombinant, les hommes bénéficient aussi d’une protection, mais il persiste une meilleure efficacité chez les femmes [17]
Vaccination contre le méningocoque
L’Europe fait actuellement face à une flambée de cas d’infections invasives à méningocoque. La vaccination contre le méningocoque B est devenue obligatoire pour les nourrissons nés après le 1er janvier 2025. La recommandation de vaccination chez les nourrissons contre le méningocoque C a laissé place à une obligation de vaccination avec le vaccin quadrivalent A, C, Y, W, et un rattrapage vaccinal chez les adolescents avec le vaccin quadrivalent a été mis en place. Cependant, aucune recommandation bien claire pour la vaccination contre le méningocoque B chez les adolescents n’a été émise, mais un remboursement de ce vaccin chez les 15–24 ans par l’Assurance maladie a été acté. L’arrivée d’un vaccin pentavalent pourrait bien simplifier les choses. Un essai de phase III a été conduit chez 3 651 personnes âgées de 10 à 25 ans ; le vaccin pentavalent a été comparé, en termes de réponse immunitaire, d’un côté au vaccin méningocoque B et de l’autre au vaccin quadrivalent, et il s’est avéré non inférieur [18]. Le schéma de vaccination repose sur deux doses réalisées à six mois d’intervalle. Le profil de tolérance semble proche de celui observé dans le bras vaccin quadrivalent et le bras vaccin méningocoque B. Quant à l’utilisation du vaccin méningocoque B Bexsero® en prévention des gonococcies, le débat est relancé. Plusieurs méta-analyses publiées récemment mettent en évidence une efficacité modérée, de l’ordre de 30 à 40 %, d’une vaccination avec deux doses de Bexsero® ; les mécanismes de la protection croisée entre Neisseria meningitidis et Neisseria gonorrhoeae commencent à être bien appréhendés. Le Royaume-Uni a fait son choix : proposer, dès août 2025, à tous les HSH à risque d’infections à gonocoque, la vaccination contre le méningocoque B. L’argument qui fait mouche est qu’un vaccin, même modérément efficace, peut avoir un effet notable sur l’épidémie.
Vaccins et arboviroses
Le chikungunya a fortement touché La Réunion, conduisant début avril 2025 au lancement de la première campagne de vaccination contre le chikungunya avec un vaccin vivant atténué développé par Valneva®. Il était prévu d’administrer 40 000 doses de vaccin chez les 18–64 ans ayant une comorbidité à risque de forme grave de chikungunya, en dehors des immunodéprimés, ainsi que chez les plus de 65 ans. Devant la survenue d’événements indésirables graves, notamment chez des personnes de plus de 65 ans, la campagne de vaccination a été suspendue dans cette population et le vaccin est désormais contre-indiqué. Le centre régional de pharmacovigilance de Paris – Hôpital Européen Georges-Pompidou a récemment rendu une première enquête : parmi les 18 cas d’événements indésirables graves, 14 sont survenus chez des patients de plus de 65 ans. Le signal semble assez fort pour des atteintes neurologiques de type encéphalites liées à la souche vaccinale, et il existe une suspicion autour d’un risque accru de microangiopathie thrombotique. Dans l’essai de phase III ayant conduit à l’autorisation de mise sur le marché du vaccin Ixchiq®, seuls 346 participants de plus de 65 ans avaient reçu le candidat vaccin [19]. Les données de phase III d’un autre vaccin contre le chikungunya ont été récemment publiées : il s’agit du vaccin à virus-like particles développé par Bavarian Nordic, adjuvanté avec de l’hydroxyde d’aluminium (Vimkunya®). Deux essais de phase III ont été réalisés, le premier chez des adultes âgés de 18 à 64 ans, le second chez des sujets de plus de 65 ans ; le profil de sécurité et l’immunogénicité dans cette population se sont avérés satisfaisants [20, 21]. Ce vaccin a été autorisé par l’Agence européenne des médicaments (EMA) le 28 février 2025 et est disponible en pharmacie depuis juin 2025, mais la HAS ne s’est pas prononcée sur sa place. Ce vaccin apparaît dans les recommandations du Haut Conseil de la santé publique pour les voyageurs à destination d’une zone où une épidémie est avérée : en première ligne chez les plus de 65 ans, chez les 12 à 65 ans avec une comorbidité, chez les immunodéprimés, et il est placé au même niveau de recommandation que l’Ixchiq® chez les 12 à 65 ans sans comorbidité ni immunodépression. Toujours du côté des arboviroses, le Qdenga®, vaccin contre la dengue, est désormais recommandé à Mayotte, à La Réunion, aux Antilles et en Guyane pour l’immunisation des enfants de 6 à 16 ans ayant un antécédent de dengue, ainsi que chez les 17 à 60 ans présentant une comorbidité : drépanocytose, hypertension artérielle compliquée, diabète, obésité, insuffisance rénale, affections cardiopulmonaires chroniques, hémoglobinopathies et thrombocytopathies.
Les cardiologues se saisissent de la vaccination
Le 30 juin dernier, la Société européenne de cardiologie (ESC) a publié des recommandations de vaccination pour les patients à risque d’événements cardiovasculaires majeurs, notamment les patients atteints de maladie coronarienne ou d’insuffisance cardiaque. La vaccination contre la grippe, le pneumocoque et le Covid-19 est ainsi recommandée dans ces deux catégories de population. Dans ces recommandations, il est souligné que la vaccination des patients à risque d’événements cardiovasculaires est l’affaire de tous et pas seulement du médecin traitant. Les cardiologues recommandent une consultation auprès d’un infectiologue en cas d’immunosuppression. Ces recommandations mettent également en avant l’intérêt potentiel des vaccinations contre le zona et le VRS en prévention cardiovasculaire, tout en appelant à la réalisation d’essais cliniques de grande envergure afin d’évaluer l’impact de ces vaccinations sur la morbimortalité cardiovasculaire. Elles rappellent enfin l’importance de la vaccination chez les patients transplantés ou en attente de transplantation et préconisent la vaccination contre les HPV quel que soit l’âge [22].
Conclusion
Points forts
» La vaccination contre les papillomavirus humains (HPV) sera bientôt remboursée pour tous jusqu’à 26 ans.
» Dans le domaine des infections respiratoires basses, l’efficacité des vaccins contre le virus respiratoire syncytial (VRS) en vie réelle vient confirmer les données des essais cliniques.
» Une campagne de vaccination compliquée contre le chikungunya à la Réunion avec le retrait de la recommandation vaccinale chez les plus de 65 ans.
Références bibliographiques
2. Ison MG et al. Efficacy, safety, and immunogenicity of the AS01E-adjuvanted respiratory syncytial virus prefusion F protein vaccine (RSVPreF3 OA) in older adults over three respiratory syncytial virus seasons (AReSVi-006): a multicentre, randomised, observer-blinded, placebo-controlled, phase 3 trial. Lancet Respir Med 2025;13(6):517‑29
3. Pérez Marc G et al. Real-world effectiveness of RSVpreF vaccination during pregnancy against RSV-associated lower respiratory tract disease leading to hospitalisation in infants during the 2024 RSV season in Argentina (BERNI study): a multicentre, retrospective, test-negative, case-control study. Lancet Infect Dis 2025;S1473-3099(25)00156-2
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7. Stanley M et al. Evidence for an HPV one-dose schedule. Vaccine 2024;42:S16‑21
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9. Yuill S et al. Predicted impact of HPV vaccination and primary HPV screening on precancer treatment rates and adverse pregnancy outcomes in Australia 2010–2070: Modelling in a high income, high vaccination coverage country with HPV-based cervical screening. Vaccine 2025;54:126986
10. Perdrizet J et al. Impact of delaying PCV20 implementation in France’s pediatric national immunization program: A population-based Markov model. Infect Dis Now 2025;55(5):105084
11. Joshi R et al. Anticipated impact of novel adult-specific pneumococcal conjugate vaccine. Vaccine 2025;53:127080
12. Gallagher KE et al. Fractional doses of pneumococcal conjugate vaccine – a noninferiority trial. N Engl J Med 2024;391(21):2003‑13
13. Yoshida LM et al. Effect of a Reduced PCV10 Dose Schedule on Pneumococcal Carriage in Vietnam. N Engl J Med 2024;391(21):1992‑2002
14. Rudman Spergel AK et al. Immunogenicity and Safety of Influenza and COVID-19 Multicomponent Vaccine in Adults ≥50 Years: A Randomized Clinical Trial. JAMA 2025;333(22):1977‑87
15. Bhatt AS et al. Electronic nudges and influenza vaccination among patients with a history of myocardial infarction: insights From 3 Nationwide Randomized Clinical Trials. JAMA Cardiol 2025;10(1):78‑86
16. Eyting M et al. A natural experiment on the effect of herpes zoster vaccination on dementia. Nature 2025;641(8062):438‑46
17. Taquet M et al. The recombinant shingles vaccine is associated with lower risk of dementia. Nat Med 2024;30(10):2777‑81
18. Nolan T et al. Breadth of immune response, immunogenicity, reactogenicity, and safety for a pentavalent meningococcal ABCWY vaccine in healthy adolescents and young adults: results from a phase 3, randomised, controlled observer-blinded trial. Lancet Infect Dis 2025;25(5):560‑73
19. Schneider M et al. Safety and immunogenicity of a single-shot live-attenuated chikungunya vaccine: a double-blind, multicentre, randomised, placebo-controlled, phase 3 trial. Lancet 2023;401(10394):2138‑47
20. Richardson JS et al. Chikungunya virus virus-like particle vaccine safety and immunogenicity in adolescents and adults in the USA: a phase 3, randomised, double-blind, placebo-controlled trial. Lancet 2025;405(10487):1343‑52
21. Tindale LC et al. Chikungunya virus virus-like particle vaccine safety and immunogenicity in adults older than 65 years: a phase 3, randomised, double-blind, placebo-controlled trial. Lancet 2025;405(10487):1353‑61
22. Heidecker B et al. Vaccination as a new form of cardiovascular prevention: a European Society of Cardiology clinical consensus statement: With the contribution of the European Association of Preventive Cardiology (EAPC), the Association for Acute CardioVascular Care (ACVC), and the Heart Failure Association (HFA) of the ESC. Eur Heart J 2025;ehaf384
